Thomas : Bonjour W4rz.
W4rz : Bonjour Thomas.
Thomas: Est-ce que tu peux te présenter succinctement?
W4rz : ancien bitcoiner, ancien pirate, de tradition politique marxiste-léniniste à tendances libertaires.
Thomas: Comment t'es tu retrouvé dans Bitcoin ?
W4rz : J’ai découvert Bitcoin en 2012 après avoir lu un billet de blog chez MagicalTux (Mark Karpelès). Mark faisais pas mal de contenu tech et avais parfois des trucs intéressant à écrire côté piratage. Le blog as fermé fin 2012. Je faisais a cette époque beaucoup de WareZ (d’où le pseudo), je téléchargeai des livres, des films, des musiques, des jeux. Je faisais pas grand choses de mes dix doigts, mais j'ai rapidement découvert le crack, le piratage et la fuite d'informations.
Thomas: Quel est ta première expérience avec Bitcoin ?
W4rz : Si par expérience tu veut dire créer son wallet j'ai du m'en faire un fin 2012 début 2013. J'avais aucuns intérêt au départ si ce n'est de faire mumuse avec. La techno m'intéressais plus qu'autre choses et de toute façon, prolo j'aurais jamais eu l'occasion d'en acheter. Surtout qu'avant Mt.Gox l'échange centralisé BTC/EUR/$ étaient pas si fréquent. J'utilisais bitcoin-qt et le laissais tourner quand j'en avais le temps. Je l'ai jamais vraiment installé sur du matériel dédié et je jouais généralement en même temps qu'il minais. En pratique mon PC était pas vraiment adapté. Internet non plus. Si la blockchain était pas si lourde par rapport à aujourd'hui mon internet était nul à chier. Qui plus est, trouver et installer la blockchain via torrent rajoutais de la difficulté (ça m'as pris la nuit..)
Thomas: Quand tu dis faire mumuse, à l’époque tu y avait un intérêt économique ?
W4rz : Non. Pas au début. Je savais pas vraiment si c'était possible et à part pour silkroad et les forums y'avais pas vraiment de plateformes d'échanges. Mes parents roulaient pas sur l'or et je passais la plupart de mon temps libre à jouer, bricoler ou cracker des jeux. C'est bien après que j'ai commencer à y voir un intérêt direct, puis une idée générale.
Thomas: Donc 2012 début 2013 surtout l'aspect technique, et après 2013 ?
W4rz : milieux, fin 2013 je découvre qu'on peut payer des botnets (réseaux zombies), acheter des infos ou payer des gens avec. J'ai commencer à cracker des logiciels et faire du vol d'informations pour être payé en BTC, puis j'achetais des botnets et du crédit avec pour continuer de circuit. Jamais eu l'idée de le sortir et de toute façons j'avais aucun intérêt de le faire vu mon âge à l'époque. Certaines circonstances ont fait que j'ai tout arrêter du jour au lendemain, Bitcoin et le reste. J'ai brûler mes BTC, et tout abandonné.
Thomas: Donc t'as mis tout ça en pause et tu fais quoi en attendant ?
W4rz : Je continue l'école comme un gosse normal, je me construit politiquement,et me politise économiquement. Ma haine du système bancaire, de la centralisation des capitaux et du capitalisme en général on, à mon sens, clairement justifié la création d'une monnaie internet. Oui une monnaie, pas un actif de con à HODL. J'ai jamais vraiment été d'accord avec la thésaurisation et la spéculation. Une monnaie c'est fait pour être utilisé! Sa valeur doit être organisée, planifiée en fonction du coup de production et des besoins du moment. Pas d'un random marché financier sans encrage dans la vie réelle. Je me suis peu à peu désintéressé à Bitcoin, sans trop m'en rendre compte.
Thomas: Tu y es revenu quand ?
W4rz : Début 2019. Même si je connaissais déjà Litecoin et Monero (que j'utilisais déjà fin 2013 après le bust de silkroad) je découvre l’existence d'autres cryptos, des ICOs et des plateformes de trading à la con. j’avais déjà ce trucs là de « j’en connais 3 et pas d’autres ». Litecoin avais un intérêt à être léger. Monero à être anonyme. Les ICOs, les énièmes projets crypto bizarres était au départ une bonne idée, financer des projets en dehors des circuits traditionnels. Mais ils l'ont vite structurés comme des actifs financiers fumeux à investir avec des projets toujours plus foireux et sans intérêts matériels, bref j'ai senti que ça devenais le bordel.
Thomas: Mais tu crée une boite dans la crypto il me semble.
W4rz : Yep, une première entre 2019-2020, du conseil sur la partie infrastructure décentralisée et le chiffrement. C'était pas non plus mon activité principale mais j'utilisais souvent Bitcoin comme exemple d'infrastructure décentralisée, beaucoup de bonnes idées étaient à prendre et en suisse, les gens semblais aussi beaucoup s'y intéresser. En 2021 je rentre en France et recréer une société de conseil, cette fois spécialisée dans le conseil sur les nouvelles technos, dont la blockchain et les méthodes de consensus. Alors oui, j’étais pas seul et il as fallu évidemment travailler avec des projets blockhain bullshit bizarre, mais l'angle qu'on avait trouvé était plutôt intéressant. Quitte à faire des projets de con avec de la blockchain et les technos associés, autant le faire bien. On c'est donc organisés pour proposer du conseil pour aider au mieux les projets sur la partie technique. Et en vrai, y'a un intérêt tout particulier à blockchain dans l'industrie pour la traçabilité entre plusieurs acteurs indépendants. Évidemment pas du tout le même contexte que Bitcoin, et il serait con de les associés, mais la techno en elle même reste la même ;)
Thomas: Et donc en 2021 tu penses quoi de Bitcoin ?
W4rz : C'est la crypto la plus stable, avec le plus gros capital et son propre écosystème. Le plus gros potentiel pour financer des projets qui compte. Le problème c'est l'orientation qu'a pris Bitcoin depuis la guerre des blocs. La financiarisation (bourse, arbitrage, spéculation et tutti cuenti) et la libéralisation du marché BTC. Dès 2017 Bitcoin était déjà dans une forme déradicalisation. Là ou on nous as vendu une monnaie anti-système, révolutionnaire, décentralisée le résultat était plus que décevant. Alors évidemment, déjà en 2013 Bitcoin était idéologiquement capitaliste et ultra-libéral mais ça difficultée d'accès, et sont traitement médiatique me faisais garder espoir. Les crypto sont arrivé avec une vision plus lisse, plus adaptée au système capitaliste traditionnel. Bitcoin était devenu au mieux désuet (je sais pas combien de fois on as entendu "Bitcoin is Dead") au pire dangereux pour l'ordre établis. Bitcoin était radical, peu être trop pour ceux qui l'utilisais. Il a été récupéré politiquement par des libéraux, lobotomisés par la grosse main toute crasse du marché. Et paradoxalement c’est l’arrivé des crypto qui l'a poussé.
Thomas: Comment ça ?
W4rz : Pour moi c’est la finance traditionnelle qui, ne pouvant pas travailler avec Bitcoin, c'est mis à la crypto. Elle à fait beaucoup d'argent et le rapport de force entre les bockchaines à forcé les bitcoiners à ce déradicaliser. Résultats, on ouvre de plus en plus de marchés centralisés, on créer les ETFs, on change le code source de BTC en faveur de ce genre d'initiatives (Taproot et SegWit) et on commence à le régulariser. Bref, Bitcoin est devenu un actif financier comme les autres, un objet sans autre intérêt que la spéculation et l'arbitrage.
Thomas: Donc déçus de la trajectoire qu'a pris Bitcoin ?
W4rz : De 2021 à 2024 je bosse pour des projets crypto, oui. Le travail paie et j'avais besoin d'argent. Donc autant faire les poches à un énième projet porté par un énième bourge. On a eu la chance de travailler pour quelques projets qui avaient du sens mais pour les autres, sans vouloir me moquer d'eux hein, la plupart sont aujourd'hui morts et enterrés. C'est bien qu'en 2024, après l'arrêt forcé de notre société que je me suis mis à faire le point. La conclusion amer pour moi, Bitcoin a été récupéré et assimilé dans sa totalité par la finance traditionnelle. Les fond de pensions, banques et investisseurs ce sont très bien appropriés l'objet et pour moi, ils ont gagnés haut la main. Bitcoin a été tué dans l’œuf par les même qui étaient censé en faire quelque chose d'anti-système. Les cypherpunks avaient une idée claire, certes libertarienne bizarre et plus que problématique à bien des égares, mais au moins anti-système. Les gens comme moi qui croyaient en la débancarisation ce sont fait floués. C'est de notre fautes, nous gens de gauche radicale, de ne pas avoir plus réfléchis à sont potentiel. Car oui, au début, il avait du potentiel.
Thomas : Du potentiel ? Si tu est communiste alors t'aime pas l'argent non ?
W4rz : Communiste oui, c'est vrai. Et oui l'argent devrais être le mode d'échange minoritaire, car illogique et inefficace dans bien des situations. Dans ma tradition politique, l'organisation collective pour le bien commun EST le système prioritaire. Mais pas le seul, et soyons réalistes, on ne peut pas retirer la monnaie d'un coup, surtout dans un monde ou le pouvoir est associé à l'argent. Alors, quoi de mieux qu'une monnaie hors du système établie pour financer la révolution, Quoi de mieux qu'un système décentralisée pour organiser les échanges entre les structures et à l'international ? Quoi de mieux qu'une monnaie alternative pour retirer le pouvoir des banques centrales ? C'était mon fil de pensée. Bitcoin n'était pas la privatisation des biens, Bitcoin n'était pas la spéculation sur les marchés, Bitcoin était une monnaie avant d'être un actif, un système de compte mondialisé et sans intermédiaire.
Thomas: Maintenant en 2026 t’en est ou ?
W4rz : C'est plus mon problème. Bitcoin n'est plus anti-système. Certains vont m’engueuler pour avoir abandonné le navire mais faut savoir sauver son cul quand le bateau t'emporte au fond de l'eau. Je garde une grande sympathie pour les personnes que j'ai rencontrée, mais ne serait plus un allier objectif. Bitcoin ne mérite plus qu'on s'y intéresses (d'un point de vue révolutionnaire évidemment), et je doute encore sur le fait qu'il en ai eu. Si je devais me concentrer sur une alternative, ce serait Monero. Malgré tout ses défauts, et de fait il y en as, c'est l'une des rares qui reste anti- système. Je vais pas non plus cracher sur une monnaie mondiale, anonyme qui pourrais objectivement financer la lutte. Évidemment, entre le blanchiment, la rançon, le marché noir, Monero à tout les travers que le cash pourrais avoir, c'est vrai. Mais c'est pas un problème de Monero, mais du capital en général, avec lequel je suis toujours en lutte.
Thomas: Ainsi, pour toi il n’y a plus que Monero ?
W4rz : Meh. Le sujet reste complexe, et c'est normal. De mon point de vue, il faut partir du principe que l’argent n’est pas l’outil de référence. Le collectivisme et la planification sont pour moi des modes d'organisation beaucoup plus efficace. Monero pourrais être utilisé stratégiquement dans la lutte et vers une transition sans banques, puis sans monnaie.
Thomas: Pourquoi pas la June ?
W4rz : June est une bonne idée, mais force est de constater que ça as pas marché, tout les trucs marxistes qu'on été foutu dedans on leur intérêt, c'est juste pas encore adapté au contexte actuel.
Thomas: Donc l’idée d’une révolution lente et diffuse par l’adoption de crypto monnaie, c’est mort ?
W4rz : Non, et c'est pour moi une connerie car ça manque de discours, c'est idéaliste et irréalisable. Aujourd’hui Bitcoin est récupéré par des libéraux pour faire des trucs de libéraux, j'y vois pas d’intérêt dans l'adoption diffuse. Il y avais des prérequis pour Bitcoin, la compréhension technique et économique de la cryptomonnaie, et la théorie économique. Le fais est que la plupart (la plupart, pas tous hein!) des personnes qui ont adoptés Bitcoin sont venu pour spéculer. Des random libéraux qui tirent profits de la volatilité de Bitcoin. Si on avais eu l'intelligence de s'organiser pour en faire une monnaie, indexée sur le coût énergétique de production d'un BTC ou si on avais eu une vraie réflexion sur l'utilisation de BTC en créant des gardes fous directement dans le protocole, j'aurais pas eu le même discours. Le fait est qu'on as commencé à capitaliser et financiariser la chose, le protocole est allé dans ce sens.
Thomas: Un aspect auquel on a pas parlé ?
W4rz : Mmmh, je pense pas.. si peut être un des gros redflags que j'ai pas vu au départ. L'aspect mondialisé de Bitcoin, c'est et une bonne chose, et une mauvaise. Un monde égal en droit de part et d'autres du globe n'aurais pas posé de problème mais le fait est qu'il existe des inégalités entre les territoires. La circulation dérégulé des capitaux dans un monde capitaliste aggrave la situation. Les rapports de forces y sont directement liés Je t'apprend rien qu'en quête de profit les entreprises délocalisent la production, et le traitement dans des zones plus avantageuses, moins regardante sur les droits des travailleurs et des normes écologiques. Bref, en tirant profit de l'exploitation des travailleurs. En poussant une cryptomonnaie mondialisée sans adapter la société de manière mondiale, ni même la régulariser pour l'adapter aux contexte local était vouée à l’échec. Monero par exemple, est une monnaie mondiale, underground certes, mais mondiale. Je ne suis pas sûr qu'on va pouvoir la démocratiser ni même si on devrais le faire. Je préfère me focaliser sur la collectivisation des biens et moyens de productions, l'émancipation des peuples et stopper toutes formes de dominations. Alors pourquoi pas utiliser la cryptomonnaies, mais seulement lorsqu'aucunes autres alternatives ne sont envisageables.
Thomas : Merci W4rz.
W4rz : Merci Thomas pour ton temps, et l’opportunité que tu m'offre.


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Copinmalin
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Thomas_MangAuthor
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